GTA Environnement » Milieu urbain : Dangers liés à la prolifération du moustique

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Ingénierie urbaine & géopolitique du moustique

Prendre en compte dans les aménagements urbains les enjeux de santé publique liés à la prolifération des moustiques

Nous sommes clairement engagés dans des pratiques « durable ». Nous avons évoqué dans de précédents articles les avancées de notre profession en matière de récupération / recyclage / économie in fine dans le domaine des travaux publics. Les grands donneurs d’ordres, les « aménageurs » proposent aujourd’hui une thématique plus complète : les « éco quartiers », dans lesquels une approche globale est mise en place. L’ingénierie porte ses efforts sur la construction, la thermique, l’énergie, le respect du cycle de l’eau et bien d’autres domaines.

Notre métier de BET VRD nous met en première ligne sur la gestion des eaux pluviales dans ce type d’opération. La volonté la plus souvent affichée par les collectivités et les organismes parties prenantes (les DRIEE et leur « police de l’eau »), les aménageurs, est d’imposer à ces éco-quartiers des directives qui seront fondatrices du projet. Par exemple il peut s’agir d’imposer « zéro rejet » d’eaux pluviales vers le réseau public, voir limiter le rejet à 0,7 litres par seconde et par hectare. Il s’agit avec ces règles de limiter fortement les impacts du projet sur le milieu aval au sens large. Nous avons tous en tête les images d’une urbanisation non contrôlée qui étanchéifie des sols autrefois terres de cultures ou prairie et qui, au moindre orage intense, génère des torrents incontrôlables qui sortent de leur lit et causent des dégâts « jamais vus » de mémoire d’habitant.

Les projets influent sur leur environnement, et il convient de compenser cela.

Pour autant il convient également de s’interroger sérieusement sur les méthodes de gestion des eaux de pluies qui sont imposées aux projets face aux problèmes de santé publique posés par la prolifération de moustiques potentiellement dangereux.

Prenons ici le temps de la réflexion. Observons dans un premier temps les moustiques, puis les règles appliquées pour un exemple de projet et tentons une conclusion.

Un enjeu de santé publique : la prolifération attendue des moustiques et notamment celle inéluctable du moustique tigre

D’abord des évidences : notre planète se réchauffe et l’activité humaine en est la cause. Cela va entrainer de nombreux phénomènes, de nombreux changements dans notre quotidien. Prenons quelques exemples attendus que nous pourrions qualifier de négatif (pour ceux qui aiment les vins de France par exemple) et expliciter notre propos.

Une augmentation de 1 degré Celsius équivaut à un déplacement de 200 km vers le Sud. Ainsi dans 20 ans Colmar pourrait avoir le climat de Lyon, Bordeaux celui d’Avignon.

Plus d’ensoleillement = plus de sucre = plus d’alcool dans le vin = un mauvais vin = un problème économique majeur pour des régions et terroirs entier.

Oublions de parler des printemps précoces, des gels tardifs, des pluies de grêle.

1 degré Celsius de plus à bien d’autres conséquences sur la flore.

Les récentes études en forêt de Fontainebleau (les Hêtres sèchent sur pied) et ailleurs montrent qu’il va falloir adapter nos futures plantations d’arbres avec des essences beaucoup plus adaptées à ce nouveau climat pour créer par exemple des ilots de fraicheur en ville, pour transformer et conserver nos forêts.

Sur la faune en particulier avec l’adaptation d’insectes exotiques à notre pays -initialement tempéré- devenu moins froid l’hiver, plus chaud avec des périodes de canicules, des évènements pluvieux intenses.

Le cas du moustique tigre en est un exemple frappant.

Les études endémiologiques ont déjà démontrés comment les moustiques ont voyagé des continents africains et indiens vers les 2 Amériques. Nos voyages insensés en tous sens au travers du globe ne pouvaient qu’aider des moustiques à voyager eux aussi et venir nous rendre visite, y trouver un habitat favorable.

Un climat devenu favorable doublé d’une méconnaissance des risques en France métropolitaine rend la propagation de moustiques dangereux possible.

Rappelons que le problème n’est pas le moustique en soit mais ce qu’il transporte avec lui.

Le moustique : une machine infernale de transmission vectorielle.

Capable en effet de transmettre les virus comme le paludisme, la dengue, le chikungunya, la fièvre jaune, le zika, l’éléphantiasis…(et heureusement pas le SIDA) et responsable de 850 000 morts par an.

Rappelons ici les éléments essentiels :

.La vie du moustique est relativement courte, de l’ordre de 1.50 mois. Et pendant ce laps de temps la femelle peut pondre jusqu’à 4 fois 150 œufs.

.Les œufs sont posés à la surface de l’eau puis les larves se développent dans l’eau pendant une semaine environ avant de se transformer en moustique,

.L’œuf est lui aussi une machine infernale capable de résister à une sécheresse et attendre 1 an le retour d’un environnement favorable (une modeste flaque d’eau) pour se développer,

.Très vite il s’agit de s’accoupler et à l’issue la femelle à l’obligation de trouver des nutriments (du sang) pour nourrir ses œufs. Tous les animaux peuvent êtres piqués mais l’homme est préférable.

.C’est à ce moment que la femelle nous pique pour pomper du sang. Dans le même temps elle nous envoie un anticoagulant permettant justement cette opération,

.C’est lors de cet échange que peuvent être transmis les virus, du moustique vers la cible quelle qu’elle soit (homme ou animal) mais également de la cible vers le moustique.

.Le virus a besoin de se développer et d’un moyen de transport pour attendre sa cible et continuer son développement. Le moyen de transport c’est le moustique.

.La cible c’est nous.

Tous les moustiques ne portent pas tous les virus.

C’est justement le problème du moustique tigre chez nous puisque celui-ci transporte potentiellement la dengue

L’eau dans le cycle de vie du moustique face aux aménagements urbains

Comme la température, l’eau joue un rôle essentiel. Les rétentions d’eau constituent l’endroit idéal pour les moustiques.

Et dans le même temps les nouveaux aménagements urbains sur la base des règlements applicables amènent justement à créer des rétentions d’eau.

Prenons quelques cas d’écoles et explicitons notre propos :

01. Le ZERO rejet :

Ne pas être autorisé à se rejeter sur un réseau EP « public » impose à chaque projet de créer un ouvrage de rétention des eaux pour stocker les fortes pluies, puis de chercher à infiltrer ces eaux dans le sol. Le dimensionnement des ouvrages d’infiltration se base sur la capacité des sols à infiltrer. Un essai relativement simple à réaliser nous informe de la vitesse de progression de l’eau dans le sol en mètre par seconde.

Dans les plaines briardes les vitesses d’infiltration sont le plus souvent de 1.10-5 à 1.10-6 m/s.

Cette valeur n’est pas « lisible » pour la plupart des acteurs non techniques et entraine de fortes incompréhension entre les tenants d’une idéologie « zéro rejet » et des techniciens clairvoyants.

> En effet 1.10-6 m/s = 0,000001 m/s soit 0,0036 m/heure soit 3,6 mm/h !

> Pour un pavillon de 100 m² de surface au sol sur un terrain de 300 m², avec un

évènement pluvieux décennal, le volume d’eau à stocker serait de 8,00 m³.

Si nous stockons ce volume d’eau et disposons d’une surface de 8.00 m² pour infiltrer ces

eaux, le temps nécessaire sera alors de 11,50 jours.

> A comparer au cycle de naissance d’un moustique de l’ordre de 5 à 7 jours.

(La femelle pond 150 œufs à la surface, les bébés devenus larves plongent dans l’eau, se nourrissent, et donnent naissance au moustique)

Conclusion : notre ouvrage de rétention – infiltration se révèle en capacité d’être une véritable nurserie.

02. Des débits de fuite limités voire très limités

La collectivité autorise le raccordement des projets au réseau Eaux Pluviales à la condition de limiter strictement le débit de rejet vers le réseau. Il s’agit de retenir l’eau là où elle tombe, de stocker l’événement pluvieux, puis de relâcher les eaux de pluie avec un débit très faible afin de protéger le milieu aval en cas d’orage ou d’évènement pluvieux intense.

Par exemple notre pavillon cité plus avant, dans le cas d’une pluie décennale, émettra vers le réseau public un débit de 6,5 l/s.

Le rejet autorisé par la collectivité étant de 1 l/s/ha correspondra pour notre pavillon à un débit autorisé en sortie de 0,03 l/s.

Cela revient à notre problème de CE1 : ma baignoire se remplit à raison de 6.5 l/s et se vide à la vitesse de 0.03 l/s, calculez etc., etc., etc…Mais nous avons nos outils de dimensionnement qui nous indiquent que ce fameux volume « tampon » devra être de 8 m³.

Nouveau problème : combien de temps pour vider notre baignoire : et bien 3 jours minimum, en imaginant que le temps reste sec bien entendu.

Dans ce cas de figure, le temps de vidange cour laisse peu de chance aux moustiques sauf avec un nivellement de fond de bassin sans pente ou avec des trous et marres d’eau stagnante ou là encore le miracle de la vie des moustiques pourrait s’accomplir.

Observons que des ouvrages beaucoup plus importants sont réalisés. Certains de nos projets prévoient des volumes de stockage très importants, parfois jusqu’à des capacités de 20 000 m³ de rétention, dimensionnés sur la base de débits de fuite autorisés très faibles comme dans le val d’Oise ou il est d’usage le chiffre de 0,7 l/s/ha…

Autant de terrains de jeux favorables aux moustiques.

03. Des événements pluvieux hors norme

Il est évident que l’urbanisation dense que nous avons établie joue un rôle important.

Nous avons aménagé, bétonné, bitumés, étanchéifier les sols en oubliant délibérément leur rôle « d’éponge » et d’espace de régulation naturelle.

Nous n’avons pas compensé ce que nous avons détruit.

Et chaque pluie intense génère des débits extrêmement important et ravageurs que rien ne stoppe. Le sinistre de Vaison la Romaine est un exemple marquant pour ma génération.

Mais au-delà, le constat des relevés météorologiques est sans appel. La pluviométrie évolue, comme les intensités des pluies, et les modèles de calcul évoluent.

Il y a 30 ans nous construisions des ouvrages de rétentions sur la base de pluie décennale, donc scensés jouer leur rôle une fois tous les 10 ans pour stocker les évènements pluvieux correspondant.

Il y a 20 ans, nous faisions le constat que ces ouvrages se remplissaient une fois par an…

Il y a 10 ans, notre BET dimensionnait des ouvrages de rétention sur des bases bien différentes : cinquantennale dans le Val d’Oise, centennale pour le secteur de la ville nouvelle de Sénart par exemple.

Et d’ailleurs l’histoire météorologique récente en Ile de France est impressionnante. Sur un horizon de 5 ans, nous avons connus plusieurs canicules (3 épisodes en 2015, 1 en 2018, 2 en 2019), 2 inondations (dont une en Juin) avec à chaque fois une longue période de décrue, des évènements pluvieux intense, des printemps précoces avec des gels tardifs, et des records historiques de moyenne de températures battus systématiquement année après année.

Nous faisons dans cet article le lien entre des évènements factuels qui dans le même temps modifient notre environnement, favorisent la mise en place de nouvelles espèces végétales et animales parfois dangereuses pour l’homme, parce que nous nous considérons comme des parties prenantes, des acteurs pouvant agir au moins sur une partie d’un problème.

GTA Environnement est compétent pour dimensionner les ouvrages d’assainissement et ouvrages de rétention d’eau de pluie mais concevoir aujourd’hui ce type d’ouvrages sans avoir conscience de ces nouveaux enjeux, de ces nouvelles problématiques de santé publique représentés par les moustiques nous semblent être tragique.

GTA Environnement forme ses collaborateurs à ce sujet en particulier, s’associe avec des Architectes paysagistes, des écologues compétents afin d’être un acteur compétent.

Les solutions techniques existent via nos aménagements pour limiter les rétentions d’eau parasites et les mares, pour favoriser la présence de batraciens, de poissons, d’oiseaux en capacité de limiter la prolifération des moustiques et des moustiques les plus dangereux pour l’homme. Il s’agit de se former, de s’informer, d’être en capacité d’établir et de mettre en œuvre des prescriptions claires sur ces sujets.

Il ne s’agit pas de se débarrasser des moustiques, tâche ô combien illusoire, mais pour GTA Environnement d’éviter par notre savoir-faire que nos aménagements ne deviennent propices à la prolifération des essences les plus dangereuses dans notre environnement.

Nous avons documenté cet article à partir de nos dossiers d’études et projets de dimensionnement, également à partir des éléments suivants :

. Le passionnant livre de Erik Orsenna et du Dr Isabelle de St Aubin : Géopolitique du moustique, Précis de mondialisation tome IV, au Livre de Poche,

. La conférence /spectacle « Les déterritorialisation du vecteur Cartographie 3 – par la Compagnie Vertical Détour et en particulier Fréderic FERRER,

. Les sites internet des E.I.D (Entente Interdépartementale de Démoustication) qui propose nombre de documents d’information pour la conception et l’entretien des zones humides, de nombreuses prescriptions de bon sens, d’affiches à destination du public.

En cas de suspicion de découverte de moustiques tigre en Ile de France, consulter le site de l’agence régionale de santé en Ile de France : https://www.iledefrance.ars.sante.fr

« Nous sommes la première génération à visualiser les effets du changement climatique et la dernière génération à pouvoir faire quelque chose » (Barack Obama). Nous considérons chez GTA Environnement que nous pouvons agir via notre fonction de bureau d’études VRD Espaces Verts sur des points en particuliers, localement, grâce à une ingénierie performante et des collaborateurs formés et conscient des problématiques, engagés.

▲ Evolution géographique du moustique tigre en France métropolitaine, de 2004 à 2018.
▲ Traitement anti larvaire directement dans les grilles avaloirs suite à la découverte de larves de moustiques tigres. Traitement anti larvaire dans des zones humides ci-dessous.
▲ Gros plan du moustique tigre. Quel est l’animal le plus dangereux ? Le requin, le loup, le lion ou l’éléphant ? Pas du tout, c’est le moustique qui fait le plus de victimes humaines chaque année, estimé à 850 000 morts.