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De l'édifiante histoire de la création des réseaux d'assainissement en France

Les premiers égouts connus ont été réalisés de -2500 à -1 500 avant JC dans la vallée de l’Indus (actuel Pakistan) où il a été réalisé un réseau de collecte dès la maison individuelle.

L’égout le plus connu reste celui de Rome où fut construit le réseau d’assainissement chargé d’assainir la vallée du Forum, en lien avec l’urbanisation rapide de la capitale de l’Empire romain. La Cloaca Maxima (le « grand égout ») fut construite au 6ème siècle avant notre ère pour évacuer l’eau des marécages, avant d’être transformée en véritable égout quatre siècles plus tard. A la chute de l’Empire romain, ce type d’équipement public est abandonné puis oublié de tous en Europe pendant plus de 1500 ans.

L’histoire « du propre et du sale »

C’est en quelque sorte d’abord cette histoire Française du « propre et du sale » et de son évolution. Le Moyen Age a oublié les égouts romains, en dehors de quelques exceptions notables comme dans les abbayes de Royaumont, de Cluny où d’ingénieux systèmes d’évacuation des eaux usées sont en place.

La notion de salubrité n’existe pas. Saleté et odeurs putrides règnent dans les rues. Une minorité de maisons disposent de fosses d’aisance, qui doivent être régulièrement vidangées. Mais le « tout à la rue » reste la règle et l’on y jette les pots de chambre, les rejets des artisans, des tanneurs, bouchers, poissonniers, etc., permettant une fermentation, décomposition, produisant des boues pestilentielles avant qu’une pluie providentielle ne les emporte.

Quelques « canaux » sont pourtant crées vers 1350 dont le « ruisseau » de Ménilmontant. Ils collectent les rues, fossés, et transportent des eaux de toute nature vers la Seine. En 1663, on dénombre 2.3 km d’égouts couverts et 8 km à ciel ouvert.

Rien de plus au 17ème : on ne se lave pas et l’on use de différents artifices comme les poudres, les couleurs, voire un changement de linge qui « suffit pour être propre ». L’eau est tour à tour revigorante et fortifiante si elle est froide ou amollissante si l’eau du rare bain est tiède.

L’eau qui corrige l’air

La création de la gazette de santé en 1773 confirme enfin un premier déplacement des mentalités. Rédigée « en faveur des curés, des seigneurs, des dames charitables et des fermiers », elle semble faite pour inverser la fatalité traditionnelle éprouvée envers la mort et la maladie. Les notables sont appelés à répercuter les mesures des médecins suggérant des précautions nouvelles, ou insistant sur l’assainissement des habitations et des villes. L’on commence en effet à imaginer que les puanteurs et exhalaisons malignes des villes, transmettent miasmes et maladies, et menacent donc physiquement les vivants.

Rappelons que tous les déchets, déjections se retrouvent dans l’espace urbain :  la rue.

On rêve donc, vers 1780, de courant d’airs salvateurs et de liquides drainant les pavés selon des pentes rapides, de fontaines arrosant les marchés et d’écoulement qui pourraient charrier les pourritures et corrigeraient les odeurs. Des machines complexes sont imaginées pour ventiler les rues, transporter de l’eau, créer des égouts.

Viennent ensuite de consternantes études sur la respiration de notre peau vers 1850. Les cloches hermétiques de Hales et de Priestley (1733-1804) démontrent que les animaux meurent empoisonnés par leur propre souffle. Nombre d’animaux sont enduits -hors la tête- de différentes boues, goudrons, vernis, et l’on s’aperçoit que les bêtes agonisent puis meurent.

La conclusion est enfin évidente :  si l’on considère que la peau est un organe respiratoire, on comprendra combien il est important qu’elle soit maintenue dans un bon état de propreté et de souplesse ».

Il faudra trouver les moyens d’amener de l’eau en tous points, mais aussi de l’évacuer.

Dans le même temps, on aura donc supprimé les causes des odeurs pestilentielles.

Les circuits de l’eau et l’hygiène publique

L’épidémie de choléra de Paris en 1832, qui va faucher 19 000 personnes (2,38 % de la population), va surtout renforcer des dispositifs qui modifient l’image de la ville :  la cité devra être drainée non plus en surface, mais en profondeur, par un système de canalisation enfouies. On hésite encore à Paris, alors qu’à Londres en 1830, l’eau monte dans un tiers des maisons avant de s’échapper par des canalisations dérobées, transportant les matières vers la Tamise. Rien de tout cela en France et à Paris où est encore utilisée le procédé dit « atmosphérique »…

L’on s’inquiète bien sûr de l’état des rues de Paris : en 1843, l’ancêtre de la balayeuse aspiratrice est décrite par Clerget comme une sorte de « tombereau conçu pour déblayer les rues à l’aide de balais mécaniques ». Mais la machine est complexe, faites de roues dentées et de chaines sans fin, entrainées par la force d’un cheval, et cette mécanique aventureuse semble inadaptée à l’inégalité du sol parisien. Dès lors, les eaux usées continuent de stagner.

On multiplie alors les fontaines sous Louis-Philippe (de 124 en 1823 à 1 779 en 1854) mais c’est Napoléon III, avec le baron Haussmann, qui vont transformer la ville sur ce sujet. S’en suivirent d’énormes travaux urbains afin d’offrir à Paris une meilleure circulation de la lumière, de l’air et de l’eau, en adéquation avec les principes hygiénistes.

La nouveauté, c’est aussi que ce sont les ingénieurs qui prennent en charge l’articulation des réseaux et plus l’Architecte, et c’est en 1854 que l’ingénieur hydrologue Eugène Belgrand, sous les ordres du Préfet Haussmann, met en place un réseau d’égouts pour acheminer les effluents vers la Seine en aval.

Par comparaison, en 1854, seul un cinquième des habitations parisiennes est raccordé au réseau de distribution d’eau contre 94 % à Londres.

En juin 1880, le Conseil municipal de Paris, suivant l’avis des ingénieurs du service des eaux, décide d’appliquer à la capitale française, un système d’assainissement déjà adopté par plusieurs grandes villes en Europe et aux États-Unis : le « tout-à-l’égout ». Dans ce système, les eaux pluviales et les eaux usées sont recueillies dans le même réseau. Si, en 1886, le système du « tout-à-l’égout » se présente comme une option facultative, il devient obligatoire après le vote d’une loi au Parlement, le 10 juillet 1894, deux ans après l’épidémie de choléra de 1892, qui a encore causé quelque 700 morts. La réglementation en vigueur contraint les immeubles parisiens à déverser eaux pluviales et eaux usées dans les canalisations nouvellement créées. Celles-ci se chargeant alors de les transporter dans un réseau dit « unitaire », jusqu’à l’aval de la Seine. Le tout-à-l’égout était né.

Epurer les eaux

Avancée remarquable pour l’assainissement dans la capitale, les travaux d’Eugène Belgrand eurent néanmoins pour revers, de déplacer la pollution dans le Nord-Ouest parisien. Conscients de cette nécessité d’épurer les eaux avant de les rendre au milieu naturel, les ingénieurs Mille et Durand-Claye entreprirent des essais d’épandage des eaux usées dans les plaines agricoles aux alentours d’Asnières et de Gennevilliers.

Economiquement très rentables, ces premières expériences d’épuration biologique furent couronnées de succès.  En effet, selon les deux ingénieurs, « une tonne d’eau d’égout coûterait 0,10 francs à fabriquer, rien qu’en achat de matière première » si l’épandage agricole n’était pas réalisé avec cette méthode.

Mais l’urbanisation galopante des abords de la capitale ne permit bientôt plus de trouver des terres où épandre les eaux usées.

Il a fallu créer des stations d’épuration permettant de rejeter les eaux usées vers le milieu naturel, les rivières et les fleuves.

C’est seulement dans les années 1960 que le programme d’installation des stations d’épuration va prendre son essor sur tout le territoire. Seulement, entre temps, le développement rapide des besoins en eau a eu le temps de dégrader la qualité des eaux superficielles. Aussi, pour une bonne gestion de l’eau, la loi sur l’eau du 16 décembre 1964, divisant le territoire continental en bassins hydrographiques (comités de bassin /agences de l’eau), accélère l’action en faveur de la préservation des ressources. Quant aux lois du 3 janvier 1992 et du 30 décembre 2006, les directives européennes (directive cadre du 23 octobre 2000) martèleront cette obligation de préserver les ressources en eau.

Aujourd’hui, près de 530 stations parsèment l’Île-de-France, pour une population de 11,6 millions d’habitants.

C’est notre histoire et nous l’oublions. Les ingénieurs de GTA Environnement poursuivent ce travail de dimensionnement de réseaux, de conception et de réalisation d’ouvrages de collecte et de transport d’eaux pluviales et d’eaux usées, d’amenée de l’eau potable.

Les techniques, les modes évoluent, le monde change. Il fallait jadis poser des tuyaux « absolument » et nous réalisons aujourd’hui des aménagements plus « doux » afin de gérer l’écoulement de l’eau, l’infiltrer et éviter un accroissement des débits dans les réseaux existants. 

GTA Environnement forme ses collaborateurs à ces sujets, s’associe avec des Architectes paysagistes, des urbanistes, des écologues et associations compétentes afin d’être un acteur compétent.

Nous avons documenté cet article à partir de nos dossiers d’études et projets de dimensionnement, également à partir des éléments suivants :

. Le passionnant livre de Georges Vigarello : Le Propre et le sale, édition du Seuil et collection Point Histoire