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Les funestes espèces végétales exotiques envahissantes

Après les diaboliques moustiques tigres et leur prolifération possible par le biais de nos ouvrages de rétention d’assainissement, voici poindre le funeste problème des espèces végétales exotiques envahissantes (EVEE), que nous pouvons disséminer largement et tragiquement sans même le savoir lors de nos chantiers.

Au détour d’une visite d’un chantier avec un sémillant ingénieur de la DRIEE – chantier de 30 hectares dans lequel nous creusons, remblayons, déplaçons des volumes de terre dans tous les sens, le technicien nous montre de bien jolies plantes aux noms merveilleux, nous explique, et nous dit :

-lui : désolé les gars mais là… comment dire…y’a un sérieux problème.

-nous : …?…

-lui : hum…comment dire…Qu’est-ce que le Maître d’œuvre a envisagé pour traiter cette peste végétale… ? …??.

-nous : …!….?….heu………………….

A gauche un des dépôts de terre végétale. A droite un massif imposant de plantes invasives (renouées du Japon). Cliché avant la disparition de l’ingénieur…

Et nous entrons dans une nouvelle dimension de l’ingénierie urbaine.

Celle où il va nous falloir nous former et apprendre à gérer ce problème. Car en effet, les chantiers sont en grande partie responsables de la dissémination de certaines de ces plantes. Sans le savoir nous coupons alors qu’il ne faut surtout pas couper, nous pensons bien faire en arrachant des racines inconnues (en fait les rhizomes…) qui vont bouturer à la puissance 10 dans notre merlon de terre végétale (1 m³ de terre peut en contaminer des milliers…).

Bref, par méconnaissance du sujet nous aggravons le problème.

Etre en capacité de repérer ces EVEE dès le début des études, d’intégrer dans les études de mouvement de terres ces sujétions, de protéger la nature environnante d’une prolifération de cette peste végétale est un prochain défi pour l’ensemble des acteurs.

Il nous faut apprendre à protéger la nature et éviter que nos chantiers de terrassement ne deviennent un laboratoire où l’on désinfecte chaque machine avant de la transférer.

Un profond déséquilibre écologique. En France une centaine d’espèces de végétaux exotiques sont considérées comme « envahissantes » sur le territoire métropolitain. Ces espèces sont variées, et cela pose de nombreux problèmes d’identification, de connaissance de leur biologie, de leur écologie, et des moyens pour éviter leur dissémination, sans parler du faible intérêt de la profession sur le sujet en dehors de trouver du bois pour le barbecue…

Ces plantes envahissantes entrent en compétition avec les espèces indigènes et se développent à leur détriment, provoquant des déséquilibres importants, voire définitifs sur les écosystèmes : régression et disparition d’espèces indigènes, changement significatif de la composition, de la structure et du fonctionnement des écosystèmes en modifiant la luminosité, le taux d’oxygène dans l’eau, la chimie des sols, le cycle des éléments nutritifs, le régime des feux, les interactions plantes-animaux…

Selon les dernières évaluations de la liste rouge mondiale de l’UICN, les espèces exotiques envahissantes (animales & végétales) constituent des menaces pour 32 % des oiseaux, 30 % des amphibiens, 20 % des reptiles, 17 % des mammifères terrestres et 15 % des mollusques inscrits dans les catégories d’espèces menacées.

Un risque sanitaire dans la mesure ou les impacts sur la santé humaine ou animale varient en fonction des espèces. Les sèves, les feuilles et les écorces sont parfois toxiques et peuvent entrainer des allergies, des brulures cutanées ou des infections.

Un impact économique avec la perte de biodiversité, l’apport de toxicité, la perturbation de la pollinisation et du fonctionnement des écosystèmes ; les EVEE peuvent diminuer les rendements agricoles, ainsi que ceux de la sylviculture ou de la pêche. Des milliers de m² sont colonisés et modifiés, les chaussées, digues et bâtiments impactés, les paysages transformés. Avec les EVEE, nous sommes loin d’une comparaison possible avec ce qu’a été en France la gestion des chardons par exemple pour les agriculteurs.

A l’échelle de l’Europe, une première estimation de 2008 des coûts annuels documentés de gestion des EVEE (flore & faune) était d’environ 12 milliards d’euros. Les experts extrapolaient quant à eux cette estimation à 20 milliards d’euros.

La renouée du Japon, ou comment 1 m³ de terre peut en contaminer des milliers…

C’est la belle histoire de cette plante vaguement comestible et surtout mellifère, que nous trouvons partout sur les chantiers. Introduite une première fois en Europe au Moyen Âge pour ses qualités fourragères du fait de son rythme de croissance effréné, la renouée du Japon ne posait alors aucun problème.

Elle fut réintroduite au XIXe siècle par Philip von Siebolt, médecin de la Compagnie hollandaise des Indes en poste au Japon, qui l’implanta dans son jardin de Leyde au Pays-Bas. Horticulteur passionné, ce diable d’homme dont la vie est un roman, créa par la suite une compagnie horticole afin d’importer de nombreuses plantes exotiques, dont notre renouée.

En 1847, la société d’agriculture et d’horticulture de la ville d’Utrecht lui décerne d’ailleurs une médaille d’or pour « l’extrême beauté de son feuillage et pour ses inflorescences parfumées ».

Le diable d’homme / la peste végétale et ses jolies fleurs mellifères

Il semblerait que l’activité industrielle ait ensuite particulièrement favorisé cette plante qui n’est autre qu’une bio-indicatrice de sols pollués aux métaux et plus spécifiquement aux métaux lourds et à l’aluminium qu’elle affectionne. Caractéristique qui est un héritage de son milieu d’origine où elle colonise justement les coulées de lave riches en métaux.

Pionnière par définition dans son milieu d’origine, la renouée s’installe chez nous dans des milieux dégradés :  friches urbaines et industrielles, zones goudronnées, voies ferrées, rivières et cours d’eau pollués, et décharges sauvages.

Les milieux pauvres en diversité du fait de la présence de métaux lourds ou d’aluminium sont également des lieux d’implantation, où elle y trouve peu de concurrence.

Développement diabolique au travers d’un enrobé & développement dans une friche ferroviaire

La rapidité avec laquelle elle se propage et la vigueur de sa croissance (4,5 cm par jour) font qu’elle colonise rapidement des surfaces importantes en captant parfaitement bien un maximum de luminosité.

142 ml de rhizomes dans 1 m³ de terre, jusqu’ à 40 % du volume.

Sa multiplication végétative par rhizome joue beaucoup dans le succès de cette plante à s’installer, puis se disperser (rhizome = tige souterraine qui peut atteindre 30 cm de diamètre et qui participe à la multiplication végétative : un morceau de rhizome peut devenir une nouvelle plante).

Second procédé diabolique : cette plante produit des composés phénoliques (composés chimiques aromatiques) toxiques pour les racines de ses concurrents, bref elle élimine la concurrence façon « plus de morts, moins d’ennemis ».

Les graines posent a priori moins de problèmes du fait de la fertilité du substrat qui convient rarement à leur germination. Mais ces graines sont très résistantes dans le temps et supportent très bien les voyages en camions benne, tombereaux, décapeuses et autres machines infernales.

Rhizome de renouée du Japon et test de mesure des ml de rhizomes contenus dans 1 m³ de limon

Cette plante est invasive dans la mesure où elle empêche la régénération des autres plantes, que ce soit par semis ou par ses rejets, ce qui constitue de fait une atteinte aux milieux tels que rivières et ripisylves. Sa progression est très rapide du fait de sa croissance mais également du manque de compétiteurs comme de prédateurs.

La renouée se développe au détriment de toutes les flores locales. Et le sujet est plus vaste encore : Il est observé une diminution de l’abondance en invertébrés de presque 40% dans les milieux colonisés par la Renouée du Japon, même si on différentie mal la part imputée à la présence des fourmis Lasius neglectus. (Fourmies originaires de l’Ouest de la Mer Noire et arrivées en même temps que la renouée…merci Von Siebolt) Amphibiens, reptiles et autres oiseaux dépendant indirectement ou directement du cortège floristique autochtone sont donc tout aussi impactés par la présence de Reynoutria japonica (et autres renouées proches de la même famille d’ailleurs).

Paysage modifié en Savoie avec les rives du ru totalement colonisées / la Lasius negletus

Nous avons parlé ici de la Renouée du Japon mais bien d’autres plantes posent des problèmes comme certains arbres à l’image des robiniers que les personnels de l’ONF maudissent. Comme certaines ambroisies dont la lutte est rendue obligatoire par la loi (Arrêté du 26/04/2017 relatif à la lutte contre les espèces végétales nuisibles à la santé).

Peste végétale et BTP/Peste végétale et Ingénierie VRD

Ce sujet est un véritable fléau qu’il convient d’aborder correctement. D’autant plus que les moyens de traiter le sujet sont peu conventionnels pour les entreprises du BTP habituées à des solutions mécaniques et radicales.

Le sujet de l’entretien des accotements routiers et des rives :  un problème encore plus compliqué à résoudre…

Bien sûr nous avons résumé notre article. Bien sûr le sujet est complexe et bien sûr le BTP doit se former, s’organiser, mettre en place des directives au-delà de ce que la loi (évidemment méconnue) nous impose. Bien sûr les Maîtres de l’Ouvrage, bien sûr les autres etc… mais imaginons-nous un seul instant transformer nos chantiers en salle blanche ?

A notre sens le BET VRD doit être en capacité d’appréhender ces sujets, comme d’autres ! et au moins d’informer son client du problème. Toutes les opérations ne sont pas liées à « des études environnementales » obligeant le client à faire/engager/payer/être contrôlé.

Nous avons choisi chez GTA Environnement de montrer les choses, de les visualiser, de diffuser la documentation aux chefs de projets, d’expliquer, de chercher des partenaires autour de nous. La maîtrise des sujets nous donne une liberté d’action. En tous les cas la liberté du « coup d’avance » et ne pas subir un arrêt de chantier, un surcoût financier, etc…

Le cahier des charges de l’UPGE dont sont extraites nombre d’informations de cet article a été publié en septembre 2020. Il présente les préconisations pour une meilleure prise en charge du risque de dissémination des espèces végétales exotiques (EVEE) terrestres dans les projets de travaux.

Ce document est à lire urgemment par tous les acteurs du BTP et à diffuser.

Plusieurs photos de cet article sont extraites du site de l’UICN Union Internationale pour la Conservation de la Nature :  www.iucn.org

Et son comité français :  www.uicn.fr

C’est sur ce site que vous pouvez trouver la liste rouge des espèces menacées et des écosystèmes en France et des informations sur les sujets environnementaux.

Pour mémoire :  Le Comité français de l’UICN est le réseau des organismes et des experts de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature en France. Il regroupe au sein d’un partenariat original : 2 ministères, 8 organismes publics, 42 organisations non gouvernementales et plus de 250 experts. Par cette composition mixte, le Comité français de l’UICN est une plate-forme unique de dialogue, d’expertise et d’action sur les enjeux de la biodiversité, qui associe également les collectivités locales et les entreprises.

Nous avons eu l’idée de cet article à partir de la découverte d’essences envahissantes sur l’une de nos opérations (merci à l’ingénieur de la DRIEE qui les a vues, nous les a montrées et nous a expliqué le problème).

Le sujet est extrêmement sérieux, et pour ceux qui en doutent, allez voir les sites de l’UICN et regardez le site du Dpt de la SavoieLa Renouée – Observatoire de l’environnement – Département de la Savoie.

Regardez également les jolies plantes qui poussent sur le prochain terrain de jeux dont vous allez prendre possession avec vos maîtres d’ouvrages.